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Ambulances pour le Burkina

Depuis plusieurs années, en coopération avec des boulangers mosellans, nous transférons du matériel de boulangerie, vers différents pays de l’Afrique de l’Ouest. Lors de la mise en service de la boulangerie de Mogtedo au Burkina-Faso, nos amis boulangers ont été attentifs au propos du maire de ce village qui souhaitait voir la région dotée d’une ambulance pour l’évacuation des malades vers un centre de soins.

L’idée ayant germé, Partage/Tlani a acquis un véhicule de transport sanitaire chez un ambulancier. Le Service Départemental de Secours et d’Incendie de la Moselle nous a fait don d’une ambulance et Tino Cacopardo, boulangers forbachois, a offert un véhicule utilitaire Renault kangoo.

C’est ainsi que René, Jean-Louis, Denis, Daniel, Jean-Jacques, Christian et Tino ont pris la route fin octobre pour convoyer ces trois véhicules jusqu’à Ouagadougou au Burkina-Faso.

C’est le samedi 30 octobre 2010 que nous prenons le vrai départ. Il est deux heures du matin lorsque nous quittons Metz. Arrivés vers quatorze heures à Sète, nous embarquons à dix sept heures pour une traversée de trente heures. La Méditerranée, très mauvaise ce week-end, nous rappelle ce qu’est le mal de mer.

Lundi 1/11/2010

Vers neuf heures du matin, nous arrivons en vue de Tanger. La sortie du bateau est assez folklorique. La majorité des passagers se précipite dans les cales pour retrouver leur voiture, et cela, dans un désordre indescriptible.

A peine sortis du bateau, la douane nous cause nos premiers tracas administratifs. On ne savait pas, qu’il y en aurait des centaines d’autres avant le terme de ce voyage. Contrôles sur contrôles, un passage à travers un « scanner » pour véhicules, quelques « cadeaux » et… trois heures plus tard nous pouvons enfin prendre la route de Marrakech, terme de cette première étape africaine.

Nous arrivons de nuit à destination après une étape d’environ 500 kilomètres. Jean Louis qui vient de Paris en avion, nous rejoint à l’hôtel pour poursuivre avec nous le voyage.

Mardi 2/11/2010

Après une bonne nuit réparatrice, c’est le départ tôt le matin en direction de Laâyoune, une étape de 800 kilomètres.

Pause dans le désert Pause dans le désert.

L’autoroute serpente à travers le sud de l’Atlas jusqu’à Agadir, dans un paysage merveilleux. Ensuite, nous longeons l’océan Atlantique, sur une route en bon état, pour arriver en fin d’après midi à Laâyoune, importante ville de 290 000 habitants, du sud marocain.

Mercredi 3/11/2010

Dernière étape marocaine du périple, c’est environ 600Km qu’il nous faut parcourir aujourd’hui pour arriver à Dakhla. Nous sommes contrôlés de très nombreuses fois au cours de cette étape par la police, la gendarmerie et… l’armée. Ces autorités nous font comprendre que c’est pour notre sécurité !...

Jeudi 4/11/2010

Au hasard du chemin Au hasard du chemin.

400 Km à boucler pour cette étape qui nous mène jusqu'à Nouadhibou, avec en prime le passage de la frontière Mauritanienne. En longeant la côte, nous nous arrêtons dans un village de pêcheurs. Ces gens vivent très modestement, presque en autarcie, avec comme seule ressource les poissons qu'ils vont vendre sur les marchés aux alentours. En discutant aves les habitants, ceux-ci nous font découvrir le boulanger, un artisan qui cuit son pain au feu de bois, je dirai comme chez nous, il y a une centaine d'années.

Le franchissement de la frontière marocaine se passe sans encombre grâce à la distribution de quelques "cadeaux". Le no mans’ land entre les deux pays est dantesque. Sur une dizaine de kilomètres, plus de route, seulement quelques traces de passages qu’il faut deviner, et le souci de trouver son chemin, entre trous et rochers, sans faire de casse.

Un autochtone, prend contact avec nous à quelques hectomètres de la frontière. Il se propose pour quelques euros de nous faire passer la frontière mauritanienne sans "soucis". Nous acceptons sa proposition et après quelques heures d’attente, et l’acquisition d’argent local en "ouguiya", nous prenons la direction Nouadhibou terme de cette sixième étape.

Vendredi 5/11/2010

Peu après Nouadhibou, nous croisons dans un nuage de poussière de sable ce fameux "Train du désert" souvent montré dans des reportages à la télévision ; Il circule entre Zouerate, au nord de la Mauritanie, jusqu’à Nouadhibou sur 650 km. Celui-ci transporte du minerai de fer qui alimente entre autres les usines de Fos sur Mer et Dunkerque. En soirée, arrivée à Nouakchott, capitale de la Mauritanie.

Samedi 6/11/2010

A partir d’ici nous quittons la route prévue initialement. Au lieu de nous diriger vers le Sénégal, nous obliquons vers l’est, vers Kiffa, au sud du Sahara. Cette route est appelée "route de l’espoir", certainement en raison des dangers qu’elle représentait il y a encore quelques années.

Sur notre carte, c’est une route signalée comme difficile en raison des risques d’ensablement ; pourtant à la limite du désert, elle est praticable. Le plus surprenant c’est de voir de chaque côté de la route un nombre incalculable de carcasses d’animaux : vaches, chèvres, ânes, vraisemblablement heurtés par des véhicules. La chaleur ambiante, environ 45°, et leur état de décomposition ne nous incite pas à nous arrêter.

A Kiffa, la recherche de l’hébergement est folklorique. Nous trouvons enfin gîte et couverts pour y passer la nuit. Les chambres, un peu limite en matière d’hygiène, doivent être débarrassées de locataires clandestins "de charmants petits crapauds" avant de faire notre lit et prendre une bonne douche réparatrice.

Dimanche 7/11/2010

La huitième journée doit nous mener à Nioro au Mali. La route, à la sortie de Kiffa, est à la limite du praticable. Les difficultés que nous attendions la veille nous tombent dessus aujourd’hui. Pour joindre Ayoum el Atrous, à 130 km, nous mettons environ 5 heures, tant la route est défoncée. C’est bien sûr tard, bien trop tard, que nous atteignons la frontière malienne.

Image 3

Le poste de douane étant fermé et ne trouvant pas d’hôtel, on se décide à bivouaquer en attendant l’ouverture des bureaux le lendemain. Les uns dorment dans les voitures, les autres à la belle étoile, sans cesse réveillés par les braiments d’un âne perturbateur. Je me réveille vers cinq heures et rejoins Jean-Louis qui fume déjà sa première cigarette. Le ciel tout étoilé est magnifique, tout aussi extraordinaire est le lever de soleil africain plein de couleurs.

Les pourparlers à la douane ne durent pas moins de quatre heures, entrecoupés de palabres, de "cadeaux", de fournitures de photocopies, avec beaucoup de patience. Départ du site vers midi, direction Bamako.

Lundi 8/11/2010

Image 4

Neuvième journée, cette étape qui devait nous mener en cinq heures vers la capitale est à nouveau entrecoupée de contrôles bien trop fréquents. Alors que nous pensions arriver avant la nuit à Bamako, une dernière vérification d’identité à vingt kilomètres du but à failli tourner au vinaigre. Un fonctionnaire un peu trop zélé, qui n’a pas l’air d’apprécier les Français (pour des raisons qu’il nous expliquera plus tard) trouve que les laissez-passer que l’on nous a remis à la frontière ne sont pas rédigés correctement. Tino et Christian s’emportent et demandent le recours d’une autorité. Tino appelle même l’ambassade de France et son interlocuteur nous demande d’être patients. Le responsable du poste arrive quelque temps après, calme tout ce beau monde et nous pouvons enfin atteindre Bamako, mais bien après la tombée de la nuit.

Nous voilà à la recherche d’un hôtel dans une ville de plus de deux millions d’habitants. Les talents de pilote de Christian et le flair de Jean-Jacques réunis, font qu’ils trouvent assez rapidement un meublé. Au cours du diner, il est unanimement décidé de prendre une journée de repos demain.

Connaissant un peu la ville pour l’avoir visitée en 2009, cette journée est concentrée sur le marché qui vaut vraiment la visite. Les artisans de toutes sortes et les odeurs, demandez à Denis, sont d’une surprenante authenticité. Cette journée de décompression fait le plus grand bien avant d’attaquer les deux ou trois dernières étapes.

Mardi 9/11/2010

Bamako à Bobo-Dioulasso, onzième étape, devrait être fait dans la journée !... avec un dernier poste frontière à passer. On pensait que ce serait le plus rapide !... mal pensé. Le transitaire en douanes prévu pour faciliter les formalités d’importation des véhicules au Burkina, et porteur des dossiers administratifs, brille par son absence. Attente, palabres, paiement d’une caution douanière en raison de l’absence du transitaire, et encore attendre !....

Une éclaircie dans ce moment de découragement : un groupe d’une quinzaine de cyclistes néerlandais, qui attendent comme nous l’établissement de leur laissez-passer. Ils sont partis (à vélo) d’Amsterdam pour rejoindre Ouagadougou, pour une équipée de 9000 km, parcourus en trois mois.

A la tombée de la nuit, enfin, avec nos papiers, et après d’énièmes discussions, nous quittons le poste frontière. Plus question de rejoindre Bobo, il faut trouver à se loger immédiatement. A la sortie de la petite ville de Orodara, Tino remarque un petit motel. La responsable propose des chambres qu’elle complète avec des matelas pour le couchage de tous. Pour le diner, il reste encore quelques réserves dans les voitures et c’est dans celles-ci que nous puisons pour calmer notre faim.

Mercredi 10/11/2010

De Nioro à Ouagadougou en passant par Banfora.

C’est Daniel qui, gentiment, ce matin est parti nous acheter du pain pour que nous puissions prendre le petit déjeuner.

En étudiant la carte, il s’avère que nous ne sommes qu’à une cinquantaine de kilomètres de Banfora. Dans cette ville du sud du Burkina Faso, vient d’être mis en service un four que nous avions démonté, au printemps, à Freistroff. Une piste en relativement bon état nous mène vers Banfora où la richesse économique est la canne à sucre. Nous trouvons rapidement la boulangerie et remettons au gérant des pièces de rechange offertes par les établissements "Bongard". Une visite au fournil, quelques cadeaux remis au personnel, et nous constatons que le fonctionnement de cette entreprise, inaugurée en septembre, donne entière satisfaction.

Le vélo peut mener loin Le vélo peut mener loin.

Après les salutations d’usage, nous prenons la route pour la dernière étape de ce périple : encore trois cents kilomètres à parcourir. A quelque cinquante kilomètres du but, Christian repère un dispensaire. Nous pénétrons dans la cour de celui-ci où un jeune prêtre polonais nous accueille. Il nous explique le fonctionnement de ce centre qui héberge de jeunes enfants en très grandes difficultés alimentaires. Une religieuse, originaire de New-York, indique que le programme de renutrition des enfants implique aussi les parents. A l’issue du traitement qui s’étend sur plusieurs mois, les bambins sont remis à ces derniers qui doivent obéir à certaines règles de diététique. Le Père nous remercie en parlant des présents qui viennent comme tombés du ciel : c’est pour l’établissement Noël un mois avant la date.

L’arrivée dans Ouagadougou est presque symbolique à ce voyage, des embouteillages indescriptibles nous bloquent à l’entrée de la ville. Christian a la bonne idée de débloquer la situation grâce au pin-pon de l’ambulance.

Se termine ici l’histoire d’un périple de plus de 7500 Km qui restera à jamais gravé dans nos mémoires.


René MULLER